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La livre assiège le seuil de résistance de 1,3480 (la borne supérieure du nuage Kumo sur l’unité de temps W1) face au dollar pour la troisième semaine consécutive. Début mars, la paire GBP/USD a fortement chuté (jusqu’au niveau de 1,3250), réagissant au déclenchement des actions militaires au Moyen-Orient. Mais la livre a ensuite opéré un retournement à 180 degrés et, en l’espace d’une semaine, est revenue se hisser aux abords de la zone des 1,35. Bien que le siège de l’objectif à 1,3480 s’accompagne de replis de prix assez profonds, la paire revient à ce niveau à chaque fois. La Bank of England a joué un rôle important (et peut-être décisif) dans ce mouvement, en adoptant une position nettement hawkish à l’issue de sa réunion de mars. Elle a été tellement hawkish que le marché a commencé à intégrer dans les prix la probabilité d’une hausse de taux cette année. De telles conclusions (à mon avis, hâtives) ont permis aux acheteurs de GBP/USD de « tenir la ligne » même lors des phases de renforcement général du billet vert.
À l’issue de la réunion de mars, la Bank of England a laissé inchangés tous les paramètres de sa politique monétaire. La banque centrale a mis en œuvre le scénario de base, celui qui était le plus attendu. Toutefois, les détails de la réunion se sont révélés favorables à la monnaie britannique.
Premièrement, la Bank of England a affiché une consolidation des opinions en faveur d’une position prudente. Les neuf membres du Comité ont voté pour le maintien de la politique monétaire en l’état. Il est important de rappeler qu’à la réunion de février, la décision tenait à un fil : quatre membres du MPC avaient voté pour une baisse de taux. Cette fois, même Swati Dhingra, la défenseuse la plus constante d’un niveau de taux bas, a voté pour une position attentiste. Sans parler des autres représentants de l’aile « dovish » (Dave Ramsden, Sarah Breeden, Alan Taylor). Il y a seulement un mois et demi, le Comité était quasiment divisé en deux, mais en mars, toutes les « colombes » ont changé d’avis et se sont rangées derrière les « faucons ». Une telle unité de vue (phénomène rare à la Bank of England) a soutenu la livre.
Deuxièmement, la banque centrale a durci son discours en mettant l’accent sur les risques inflationnistes. Alors que, lors de la réunion de février, on s’attendait à ce que l’inflation reste dans la cible d’ici la fin du printemps, la banque anticipe désormais une hausse de l’IPC à 3,5 % dès ce mois-ci. De plus, la Bank reconnaît que l’inflation pourrait rester au-dessus de 3,0 % au cours des deux prochains trimestres. Dans ce contexte, la banque centrale a souligné les risques « d’effets secondaires », dans lesquels la hausse des prix de l’énergie entraîne une augmentation des coûts des entreprises, qui répercutent à leur tour ces coûts sur les consommateurs, lesquels exigent des hausses de salaires de la part de leurs employeurs (déjà proches de 4 %).
La fermeté du communiqué et les commentaires d’Andrew Bailey ont soutenu la livre, car le marché a commencé à intégrer un ou deux relèvements de taux d’ici la fin de l’année en cours. Bien que la Bank of England n’ait pas officiellement discuté d’un scénario de resserrement monétaire, les traders sont parvenus à cette conclusion de manière indépendante, pour ainsi dire « de leur propre initiative ». Les faucons estiment que la banque centrale sera obligée de relever ses taux si l’inflation reste au-dessus de 3,5 %. Dans ce contexte, les acheteurs de GBP/USD reviennent régulièrement au niveau de résistance de 1,3480 (limite supérieure du nuage Kumo sur l’unité de temps W1).
Cependant, à mon sens, les intervenants de marché se sont empressés de tirer des conclusions trop hawkish. Il ne faut pas oublier que, dans la situation actuelle, la crise énergétique ne se contente pas d’alimenter l’inflation, elle pèse aussi sur la croissance économique. Par exemple, lors de cette même réunion de mars, la Bank of England a revu à la baisse sa prévision de croissance du PIB britannique à 1,0 %. Même si l’attention s’est déplacée vers les risques inflationnistes (la banque centrale juge aujourd’hui ces risques plus dangereux que celui d’une récession), la question demeure : la banque centrale relèvera-t-elle réellement ses taux si des signes de stagflation apparaissent dans l’économie ? Si cette question est posée par les membres de l’aile dovish du MPC (Dhingra, Ramsden, Breeden, Taylor), la livre subira de fortes pressions.
Une première « sonnette d’alarme » a déjà retenti, aujourd’hui même, après la publication au Royaume-Uni d’indices PMI décevants. En particulier, l’indice des services est tombé ce mois-ci à 51,2 (contre une prévision de 52,8), son plus bas niveau depuis septembre de l’an dernier. L’indice manufacturier n’a formellement reculé que marginalement (de 51,7 à 51,4), mais ce chiffre est trompeur car l’indicateur a été soutenu par l’allongement des délais de livraison. Dans les conditions actuelles, ce n’est pas un signe de dynamisme, mais plutôt un marqueur de perturbations logistiques. En réalité, l’indice manufacturier est au bord de la stagnation. L’indice PMI composite est tombé à 51,0, un plus bas de quatre mois. Ce résultat indique que l’élan de croissance observé en début d’année est quasiment épuisé.
Ainsi, à mon avis, le potentiel de hausse supplémentaire du GBP/USD reste limité. Cela se reflète notamment dans l’incapacité des acheteurs à franchir le niveau de résistance mentionné de 1,3480. Dans cette zone de prix, il est pertinent d’envisager des positions vendeuses avec un objectif initial à 1,3390 (ligne médiane des Bandes de Bollinger sur le graphique quotidien) et un objectif principal à 1,3250 (borne inférieure des Bandes de Bollinger sur la même unité de temps).